Les tronches baissées sur la soupe épaisse.
Les cuillères plongent avec volupté
Une lampe jaune, un abat-jour taché,
Crachent une lueur sur leur visage de glaise.
Visage de glaise,
Des ravines où coulent les pluies du temps.
Des chemins de pierres,
Une terre brûlée par le Soleil et le vent.
Vous verrez le vieux, le plus vieux,
Là-haut dans la vigne, courbé sous le ciel.
Il taille les membrures desséchées
Par l’hiver, et ses mains sont telles.
Mains de bois,
Aussi ridées que les sarments usés,
De trop d’années.
Le temps est seul à la vendange.
Le temps de trousser les ceps à passé.
Le temps des raisins verts à passé.
Le temps des fruits de Soleil a passé.
Le vin est tiré, il faut le boire.
Mains de bois,
Il ne te reste que le souvenir,
Le passé s’étire,
Les mots s’effilent et file la vie.
Vous verrez la vieille, la grise de joie.
Sans âge vraiment, en bas courbée,
Elle rit des lapins nouveau-nés
Elle est sagesse et ne pleure pas.
Larmes de poussière
Ne déchirent pas un cœur fier
De tant d’années.
Tu es belle de la vrai beauté.
Soixante années longues de devoir,
Elle se veut payée de ce que vous lui devez
Les fourneaux aussi vieillissent chaque soir
Il y a du désespoir dans ce poing fermé.
Front de ciel
Va-t’en coucher le vieux qui meurt,
Front au ciel,
L’aurore ne viendra plus, ce n’est plus l’heure.
Vous verrez l’autre, le fils qui est resté,
Ses bras s’allongent et racinent en terre,
Ses mains fermées ne craignent plus l’enfer
D’être sans pardon, d’être sans charité.
Tu as donné,
Où est la fille de tes vingt ans ?
Tu as donné,
Où sont les jours des fêtes d’antan ?
Il ne te reste que la terre à aimer,
Cela fait longtemps que ces gens-là t’ignorent.
Ils ne te laissent que la terre à aimer
Alors aime-là, aime-là encore.
Tu as donné.
On ne te laisse que ta solitude.
Tu as donné.
Et tu vois avancer ta vieillesse.
Ils attendront que la nuit recouvre
Le silence boueux d’une solitude à deux.
Et que monte la fumée d’une dernière cigarette,
Puis, plus rien que des étoiles à regarder.
Aux mangeurs de terre,
Laissez-moi taire
Mon plus grand respect.
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