Les mots nécessaires

samedi 31 octobre 2009

Et le Rouge


Et le rouge bat en souffrance,
Et les iris bleus fleurissent
Et les eaux coulent en soupir
Et les yeux se percent d’étoiles.

Et le rouge vit en partance,
Et les blanches mains se ternissent
Et s’éteignent les musiques des lyres,
L’étoile chante aux cieux millénaires.

Les yeux se ferment aux rêves de Dieu.





©Les mots nécessaires.

lundi 27 juillet 2009

Mes amis reposant à l'ombre



Je vois. Un galet de grès rouge,
Sur un sentier en Aragon,
Sous le soleil blanc, rien ne bouge,
Les chênes verts, pas un frisson.

Mes amis reposant à l’ombre,
J’avance au hasard du chemin
Lumineux dans les bosquets sombres
Des orbes clairs dans mes deux mains.

Je vois. Au loin dans la vallée,
La forme d’une ville humaine
Tremblant de chaleur emballée
Effet d’une fièvre soudaine.

Mes amis reposant à l’ombre,
Je me suis avancé trop loin,
Parmi les rocs et les décombres,
Témoins d’un cataclysme ancien.

Je vois. Le crâne grimaçant
D’un mouton mort sans bon berger,
L’os blanc de la mort, moi passant,
Nulle crainte en mon cœur sorcier.

Mes amis reposant à l’ombre,
Je marche au milieu des symboles,
S’éclaire en moi toute pénombre
Car tout me parle en parabole.

Je vois. Un premier signe obscur
Et un second, illuminé.
La nuée obscure comme un mur
Et le fer d’un rayon igné.

Mes amis reposant à l’ombre,
Il est temps de m’en retourner.
De les éveiller sans encombre,
Avant la fin de la journée.

Je vois. Par l’air, l’eau et la terre,
Venir le grand feu terminal
Je dis. Que rien ne vous atterre,
Voici le moment germinal.

Aragon, près de Jaca, août 2008.

© Les mots nécessaires

dimanche 26 avril 2009

Aux Mangeurs de Terre

Les tronches baissées sur la soupe épaisse.
Les cuillères plongent avec volupté
Une lampe jaune, un abat-jour taché,
Crachent une lueur sur leur visage de glaise.

Visage de glaise,
Des ravines où coulent les pluies du temps.
Des chemins de pierres,
Une terre brûlée par le Soleil et le vent.

Vous verrez le vieux, le plus vieux,
Là-haut dans la vigne, courbé sous le ciel.
Il taille les membrures desséchées
Par l’hiver, et ses mains sont telles.

Mains de bois,
Aussi ridées que les sarments usés,
De trop d’années.
Le temps est seul à la vendange.

Le temps de trousser les ceps à passé.
Le temps des raisins verts à passé.
Le temps des fruits de Soleil a passé.
Le vin est tiré, il faut le boire.

Mains de bois,
Il ne te reste que le souvenir,
Le passé s’étire,
Les mots s’effilent et file la vie.

Vous verrez la vieille, la grise de joie.
Sans âge vraiment, en bas courbée,
Elle rit des lapins nouveau-nés
Elle est sagesse et ne pleure pas.

Larmes de poussière
Ne déchirent pas un cœur fier
De tant d’années.
Tu es belle de la vrai beauté.

Soixante années longues de devoir,
Elle se veut payée de ce que vous lui devez
Les fourneaux aussi vieillissent chaque soir
Il y a du désespoir dans ce poing fermé.

Front de ciel
Va-t’en coucher le vieux qui meurt,
Front au ciel,
L’aurore ne viendra plus, ce n’est plus l’heure.

Vous verrez l’autre, le fils qui est resté,
Ses bras s’allongent et racinent en terre,
Ses mains fermées ne craignent plus l’enfer
D’être sans pardon, d’être sans charité.

Tu as donné,
Où est la fille de tes vingt ans ?
Tu as donné,
Où sont les jours des fêtes d’antan ?

Il ne te reste que la terre à aimer,
Cela fait longtemps que ces gens-là t’ignorent.
Ils ne te laissent que la terre à aimer
Alors aime-là, aime-là encore.

Tu as donné.
On ne te laisse que ta solitude.
Tu as donné.
Et tu vois avancer ta vieillesse.

Ils attendront que la nuit recouvre
Le silence boueux d’une solitude à deux.
Et que monte la fumée d’une dernière cigarette,
Puis, plus rien que des étoiles à regarder.

Aux mangeurs de terre,
Laissez-moi taire
Mon plus grand respect.


© Les mots nécessaires

samedi 25 avril 2009

Des Mots (Je n'en ai Pas)


Je voudrais te dire :

Des mots de couleur,
Des mots bleu et des mots rivière,
Des mots oiseau et des mots bateau,
Des mots musique et des mots clairs, des mots vert et des mots caillou, des mots herbe et des mots feuille, des mots écureuil et des mots doux, des mots magiques, des mots petits, des mots grands, des mots univers, des mots terre et des mots chair, des mots homme et des mots femme, et des mots gratuits et des mots plaisirs et des mots flamboyant et feu et rouge et sang et chaud et vivant.

Des mots comme ça,
Je n’en ai pas
Alors je
Reste


Ouvert
Comme un fruit
Comme un silence
Deux larmes accrochées aux paupières
De ma joie.

©Les mots nécessaires.

mercredi 4 février 2009

Les étoiles sont belles.


Les étoiles sont belles
Et pleurent en silence
Sur mes mains tendues.
Un fantôme passe,
Une ombre s’efface,
Sitôt tenue.

L’ombre de ta voix,
L’ombre d’un fou qui danse,
Les étoiles pleurent en silence
Et pleurent sur moi.

Les étoiles sont belles,
Et pleurent en silence,
Tu n’es pas là,
Presque oubliée.

Pourquoi venir me hanter ?
Je suis si loin de toi.

Les étoiles et la danse
Du fou si belles
Qu’une larme tombe du ciel
Et s’écrase sur ma joue.

Pourtant que la nuit est belle !
On dirait que le ciel,
Se penche sur moi,
Comme ma mère autrefois.

Une larme d’étoile coule sur ton cœur
Sur le bout de ton sein blanc,
Et voilà que tu prends peur,
Tu t’enfuis en riant.

Je reste là sans toi, mais je crois
Que le souffle
De l’écho
De ton rire
Est éternel…

La nuit est si belle,
Qu’un fou se lève qui danse de joie.

© Les mots nécessaires

samedi 31 janvier 2009

Que les Oiseaux du Ciel



Combien de temps faut-il à un fruit pour devenir l’arbre qui l’a porté ?

Vois -
Ce que je dépose en toi
Comme au fond d’une terre obscure.

Cela doit mourir pour renaître
Et que le Soleil le chauffe et que la pluie l’abreuve.
Que lentement cela grandisse.

Que les oiseaux du Ciel y fassent leur nid -

©Les mots nécessaires.

mardi 27 janvier 2009

Ne sois pas trop dur


Ne sois pas trop dur, sa vie est courte,
Et on n’a rien pour rien.
Ne sois pas trop dur, s’il se vend ou s’achète,
On s’arrange comme on peut.

Ne sois pas trop dur, s’il se bat et meurt,
Pour ce qu’il n’a pas.
Ne sois par trop dur, s’il ment et s’il triche,
Son cœur s'endurcit.

Ne sois pas trop dur, il mourra bientôt,
Pas plus sage pour autant,
Ne sois pas trop dur, sa vie est courte,
Et on n’a rien pour rien.


(Inspiré de « Be not too hard » - Ch Coque, Donovan Leitch)
© Les mots nécessaires



mercredi 21 janvier 2009

A mes pieds…



***
A mes pieds, les flaques
Les pas à pas d’un nuage
Marquant ses passages.
***


Haiku Urbain - Hiver (3)
© Les mots nécessaires

dimanche 18 janvier 2009

Cent mille ans



Les étoiles vacillent

Et la nuit tombe par plaques…

Les prophètes ont tort
D’attendre une aube nouvelle…

Voici que celle qui Vient
Est vieille - Elle a cent mille ans.

©Les mots nécessaires.

vendredi 16 janvier 2009

La vie seulement la vie


Oh j’ai mordu si fort dans une orange,
Mure et sucrée
Tout barbouillé
Tel un jeune enfant que rien ne dérange.

La vie seulement la vie.

De très haut j’ai plongé dans une eau très profonde
Limpide et fraîche,
Rien ne m’empêche
De nager jusqu’aux racines du monde.

La vie seulement la vie.

J’ai tenu la main d’un vieillard mourant,
Et bientôt mort,
Je marche encore
Dans la lumière de ses yeux brûlants.

La vie seulement la vie.

J’ai marché très loin avec mes amis,
Les harassant,
Comme passant
Au travers le grillage d’un tamis.

La vie seulement la vie.

J’ai chanté des chants anciens et nouveaux,
Des chants furieux,
Pour dire adieu
A ces affreux bâtisseurs de caveaux.

La vie seulement la vie.

J’ai dressé le poing face à ces murailles
Face aux déserts
Face aux misères,
J’ai senti comme un feu dans mes entrailles.

La vie seulement la vie.

© Les mots nécessaires